Ces Canards sauvages qui volaient contre le vent
Armand Gatti à Saint Nazaire
septembre 1976 - février 1977

Parution en novembre 2009.
La Maison des Écrivains Étrangers et des Traducteurs de Saint-Nazaire (MEET)
publie un ouvrage de référence consacré à l'expérience menée par Armand Gatti en 1976 : Le Canard sauvage.

Ce livre de 320 pages et de grand format (21 x 27 cm) est abondamment illustré de documents de l’époque, de photographies, de reproductions couleurs d’affiches sérigraphiées qui furent éditées à l'occasion de cette expérience, de fac-similés d’articles de journaux (collaboration du Centre de documentation de La Parole errante – Fonds Armand Gatti pour de multiples documents). Toute l'histoire de la dissidence soviétique d'alors y est racontée. Ce livre est toujours d'une brûlante actualité. Relire ce qui s'est passé, il y a plus de trente ans, peut permettre de comprendre ce qui se passe maintenant.

Ce livre sera présenté à Saint-Nazaire le 20 novembre 2009 dans le cadre des rencontres littéraires internationales organisées par la Maison des Écrivains Étrangers et des Traducteurs de Saint-Nazaire. En présence d'Armand Gatti : En savoir plus

Commander le livre (tarif 35 €) s'adresser à la MEET.




PATRICK DEVILLE : LE POINT DE VUE DE L'EDITEUR

Cette admirable entreprise artistique que fut au milieu des années soixante-dix Le Canard sauvage d'Armand Gatti - celui qui ne peut voler que contre le vent - fit converger vers Saint-Nazaire, pendant des mois, la réflexion politique et l'attention de la presse, et tout particulièrement celle du jeune quotidien Libération sous la plume de Marc Kravetz une ville de gauche ouvrière,lançait la première une campagne de dénonciation du système psychiatrique soviétique utilisé à des fins politiques et répressives.

Ces quelques mois allaient ébranler la conscience d'une ville depuis toujours ouverte sur le large, mais qui cette fois, détruite une trentaine d'années plus tôt, rayée de la carte, reconstruite, est « sortie d'elle-même » théâtre populaire, littérature, affiches, cerfs-volants, débats virulents et parfois violents, à Saint-Nazaire et dans toute la Loire-Atlantique, ce grand chambardement allait aboutir de manière rocambolesque, et romanesque, à ces images de la Guerre froide : l'échange, sur un aéroport suisse, du dissident soviétique Vladimir Boukovski et du secrétaire du Parti communiste chilien Luis Corvalan. Ce dernier gagnait Moscou, et le premier arrivait à Saint-Nazaire. La Loire saluait la Kolima.

Nous sommes nombreux à nous souvenir que cette expérience, accueillie par la Mjep, n'est pas étrangère à l'apparition ultérieure, à Saint-Nazaire, d'autres volatiles, comme Les Escales, et cette Maison des Écrivains Étrangers et des Traducteurs, laquelle, après avoir invité ici, depuis plus de vingt ans, des centaines d'écrivains de toutes les régions du monde, et les avoir publiés, rend hommage à la Tribu d'Armand Gatti et édite ce livre. Rappeler trente ans après d'où vient en partie cette ville si singulière, culturellement mais aussi politiquement, est une contribution à la réflexion sur son présent et son avenir. Dans cette collaboration entre la Meet et La Parole errante, la belle association activiste d'Armand Gatti à Montreuil, une conviction nous anime ce livre, qui est un livre d'Histoire, nous le réalisons en étant convaincus de son actualité, convaincus qu'il présente un intérêt pour des lecteurs nés longtemps après le passage ici du Canard sauvage.



PRESENTATION SUCCINTE

En octobre 1976, avec la complicité de Gilles Durupt qui dirige alors la MJEP, Armand Gatti lance à Saint-Nazaire, l'expérience de création collective bientôt appelée Le canard sauvage. Pendant plusieurs mois, avec « La Tribu » (son équipe), il va inviter les nazairiens à imaginer textes, spectacles, affiches, films, etc.

Au centre de cette effervescence créatrice, deux hommes : Vladimir Boukovski et Semion Glouzman, dissidents soviétiques alors internés dans un
hôpital psychiatrique en Union-Soviétique ; et une figure : celle du « petit rentier » dont ils ont fait le personnage central de leur « Guide de psychiatrie à l'usage des dissidents ».
Le « petit rentier » c'est l'anti-dissident. Une notion valable bien au-delà de l'Union soviétique de l'époque.

Au mois de février 1977, sous chapiteau et dans différents lieux de la ville, seront présentées les différentes créations réalisées. Ouvriers des chantiers, paysans, lycéens, étudiants, poètes, auront, chacun à leur manière, tenté de répondre à la fable proposée celle du canard qui vole contre le vent.

Dans les mois qui suivront, Michel Séonnet écrira le récit de cette aventure. Contrat signé avec les éditions P.J. Oswald. Le temps que le livre soit écrit, les éditions Oswald déposeront leur bilan, le texte restera au fond des tiroirs.


Plus de trente ans après, alors que, entre temps, le monde a considérablement changé (avec, en particulier, la disparition de l'URSS et du bloc soviétique), pourquoi éditer ce texte, augmenté d'un entretien avec Armand Gatti et de plusieurs autres contributions ?

Parce que la figure du « petit rentier » est toujours d'actualité.

Parce que la réflexion menée alors avec les intellectuels soviétiques dissidents (et en particulier Leonid Plioutch) sur ce que Gatti appellera « la fin de l'internationale » est une réflexion que l'on ne peut revisiter qu'avec bénéfice si tant est que l'on veuille tenir toujours ouverte la possibilité d'une espérance politique et sociale.

Parce que parcourir aujourd'hui le récit de cette aventure nazairienne est peut-être une autre manière de retrouver in vivo ce que furent les enjeux et les prolongements créateurs de mai 68, et en particulier cela qui, en ce mois de mai, bouleversa complètement le travail de Gatti, le faisant sortir des théâtres pour affronter la réalité des lieux de vie (usines, écoles, collèges, prisons, etc.)

Parce que la dureté des affrontements que provoqua cette aventure à Saint-Nazaire en dit encore long sur nos manières de laisser sa place à un poète dans la cité.

Parce que c’est aussi rendre aux nazairiens quelques mois de leur histoire, ceux au cours desquels, selon Gatti, ils se donnèrent « la possibilité de changer le sens de l'histoire » (puisque Boukovski fut libéré).

Dans La Parole errante, son livre-somme, Gatti livre à sa manière, vingt ans après, un compte-rendu de cette aventure. Compte-rendu douloureux, le plus souvent. Mais d'où émerge la figure fraternelle de Paul Malnoé, militant héritier de l'anarcho-syndicalisme de Pelloutier. Un Malnoé livré aux forces du vent, comme le canard sauvage. Dans une sorte de discours, il lui fait dire (p.776) : « Ô mots du langage engagé. Dans celte ville, vous serez tous un moment de la fleur - même si les fleurs ici nous les trouvons parfois carnassières .... Les feuilles seront toujours an centre de l'aventure. »

À Saint-Nazaire, les feuilles porteuses de mots deviendront cerf-volants. Et les feuilles, voleront sans plus ni haut ni bas.

Car la question que ne cesse de livrer au vent l'aventure du Canard sauvage, c'est celle de la capacité de nos mots (et des pensées qu'ils font naître) de s'arracher à la pesanteur des certitudes bien-pensantes (fussent-elles habillées de tous les attributs du progressisme).


LA PAROLE ERRANTE