Qui je suis ? A qui je m'adresse?

Omari :Afghanistan

Qui je suis ?


Je m’appelle Omari Zekrulla, né le 2/12/72 à Kaboul en Afghanistan. J’ai reçu mon bac en 1988 au Lycée « Abibyah, » le plus célèbre Lycée de Kaboul. Pour entrer à l’université, j’ai dû passer un concours et j’étais reçu en économie. J’ai reçu une bourse pour aller étudier en Tchécoslovaquie mais pour des raisons politiques on me l’a retiré. Déçu et en grande peine je n’ai pu terminer mes études.

Mon père était ingénieur électrique assez connu à Kabul car il était en contact permanent avec des hautes personnalités de l’Etat.

En Septembre 1989 mon père a été tué par le parti communiste et on n’a retrouvé son cadavre qu’onze jours plus tard. Ma famille est composée de trois garçons et trois filles, dont je suis l’aîné.

Après la mort de mon père, je suis devenu responsable de la famille donc j’ai du définitivement mettre fin à mes études. Mes rêves d’une vie meilleure ont été brisé et ma nouvelle responsabilité me faisait peur.

En 1992 il y eut un assaut des moudjahiddines qui ont pris le pouvoir en Afghanistan. J’étais alors un fonctionnaire dans le ministère de l’économie. Mais malheureusement la guerre a déjà commencé, et tout à été soit cassé, soit brûlé. Les morts devenaient de plus en plus nombreux pour des raisons ethniques et de langues. La seule chose qui restait s’était la guerre.(…)

Une guerre pour défendre notre dignité, et pour les gens qu’on aime et ceux qu’on a perdu. J’ai pris les armes par obligation et non par choix. Malgré moi, je suis entré dans une guerre que je détestais.(…). Puis je suis parti au Pakistan , mais j'ai voulu rejoindre L'Europe. (…) A pied à travers l'Europe . Arrivée en France où je ne connaissais personne , ni la langue. Mes amis ont choisi l'Angleterre ou la Norvège comme terre d'asile. Moi la France. J'ai toujours des difficultés à vivre une vie normale- problème d'hebergement et de travail. Aujourd’hui j’ai 34 ans Je garde espoir.

A qui je m'adresse ?


Ma vie est une histoire remplie de souffrance, de peine et l’horreur de la guerre. Je m’adresse à tous les êtres humains qui vivent sur terre. Je leur souhaite une vie plein de bonheur, de joie et de santé.

(…)Tout d’abord je m’adresse à ma petite fille que je n’ai jamais vue et qui à maintenant 5 ans et demi. Ensuite à mon père qui était un parfait homme, gentil et généreux avec tous ceux qui l’entouraient ; et qui ne méritait pas d’être assassiné.

Puis à mon petit frère qui avait 16 ans quand il a disparu et dont je n’ai eu plus aucune nouvelle. A sa mémoire qui restera toujours gravée dans mon esprit.

Enfin à ma mère, la plus chère des chères, qui a trouvé la mort à cause de la disparition de son fils, loin de son pays, en Iran et loin de moi. Je n’ai pas assisté à sa mort, ni vu son visage une dernière fois avant qu’elle n’ ait été enterrée sous terre pour toujours.

En dernier je m’adresse à ceux qui ont le pouvoir de changer le cours de l’Histoire. Ces hommes politiques, aveuglés pas des intérêts économiques. Qu’ils fassent quelque chose pour qu’on vive tous en paix, en bonheur et en béatitude. L’argent ne servira à rien quand le monde est noyé dans le sang et le malheur. Ma vie est une histoire remplie de souffrance, de peine et l’horreur de la guerre. Je m’adresse à tout les êtres humains qui vivent sur terre. Je leur souhaite une vie plein de bonheur, de joie et de santé.


Caroline Benassy : France


Qui je suis ?


Ce que je suis aujourd’hui est né de la mort. De la mort et du désordre, je me construis un univers de yin et de yang :

Voilà ma parole, résistance de chaque jour face à une obscurité mais l’espoir est de retour et rend plus fort mon envie de vivre, de découvrir, d’agrandir mon regard :


Plus de temps à perdre.

Comme une Alice,

Je deviens son complice !

Autrefois perdu à pleurer,

Je le poursuis à vitesse grand V !

Affronter, arpenter

Grimper, tomber

Se déchirer, se relever

Monter, avancer.

Aaaavancer !



A qui je m’adresse ?


Je m’adresse à mon père et à tous les hommes partis trop tôt. Je m’adresse à lui avec une colère adolescente et envie de dire merde ! Et en même temps avec une fragilité d’enfant qui à peur de ne plus être aimé


Frédérick Darcy : France


Qui je suis ?


Je suis Frédérick, né à Douai au milieu du bassin minier dans le Nord de la France. Je suis le jeune voyou, voleur d’essence avec une pompe à main.

Je suis l’entraîneur de football, qui en q eu marre de ce jeu, étant politique au sens le plus misérable du terme.

Je suis comme chacun, vivant dans une société de bureaucrate et de contrôle, une suite interminable de matricule.

Je suis l’ouvrier d’une société de pétrochimie, se noircissant les poumons sur un réacteur. Je suis le peintre en bâtiment, le porteur de sac de ciment, le pompier s’endormant dans le sous-sol d’une usine de voiture, le brancardier soutenant les malades du cancer dans leurs derniers instants de vie.

Je suis celui qui ne cire pas ses chaussures, ce qui à provoqué une crise de nerf chez un cireur à cloche de Port-au-Prince.

Je suis l’universitaire qui n’a jamais été persuadé de l’être.

Enfin je suis celui à qui on a demandé sérieusement « que voulez vous faire dans la vie ? » J’ai répondu pour rire : « vendeur de voiture ou rien ? »


A qui je m’adresse ?


Je m’adresse à ces contremaîtres et ces petits chefs écrasant ceux qui peuvent.

Je m’adresse à l’île d’Haïti, c'est-à-dire aux indiens qui y vécurent, et aux femmes et aux hommes qui y vivent aujourd’hui.


Emmanuel Déléage : Etats-Unis


Qui je suis ?


Fils du brouillard et des collines de San Francisco

parti à 19 ans à Los Angeles à la recherche d’un compagnon Jim Morrison, pour briser les frontières de ma conscience.

J’ai trouvé les bidonvilles noirs de Los Angeles dévasté par la drogue.

A Genève, brusquement la 3e voie s’est dessiné plus clairement pour moi.

je suis reparti à Los Angeles à la recherche de Sacco et de Vanzetti,…

je suis ici à Ville Evrard rêvant d’un monde meilleur…

je suis descendant d’un Montolivo, venu d’Italie fabriquer des chapeaux dans le vieux Nice…

petit-fils de Jean, le toujours debout, qui à 79 ans grimpa en haut du grand sapin pour y accrocher un fil de fer pour le protéger de la foudre,

petit-fils d’André, résistant mort en 1944 répondant à un besoin mystique d’une tache hautement humaine,

fils de Jeannot le Bourguignon et de Nanou la poitevine.

Je suis père d’Etienne, 3 ans et de Sébastien, 1 an, mes deux compagnons les plus proches.

Je suis ici !

Je suis de ceux qui sont de la couleur de la terre, heureux de respirer le grand souffle…


A qui je m’adresse ?


Je m’adresse à Ron King, l’humoriste des bidonvilles, le toujours émerveillé par notre contact sur terre avec les étoiles. Je ne t’oublierai pas.

Je m’adresse à Maurice, le frère disparu, qui aimait les promenades ardues dans les forêts et les montagnes. Maurice, dont le résistant à dit : « Il a puisé à ma richesse de vie et moi un peu à sa surabondance de souffrance et tout cela a fait de nos deux existences pendant plus d’une année comme une seule vibration. »



Camille Chevallier : France


Qui je suis ?


Je suis celle qu’on attendait pas car j’ai lutté pour vivre, j’ai lutté pour qu’on soit deux.

Je suis la surprise issue de mélange audacieux de la bourgeoisie et du prolétariat.

Je suis le deuxième arbre qui pousse au milieu et qui protège le premier en faisant ce qu’il peut.

Je suis unique et double.

Je cherche ma place partout et nulle part avec toujours l’envie d’apprendre, de créer et de voir.

Je trace mon chemin dans la verticalité en me foutant pas mal des principes et des idées figées.(…)

Je suis la virgule à la recherche du mot idéal, à la recherche de l’équilibre entre l’utopie et la réalité, entre le rêve et le concret.


A qui je m’adresse ?


Je m’adresse aux enfants pour leur demander pardon d’avoir emprunté leur terre sans y avoir prêté assez d’attention.

Je m’adresse aux étoiles car elles me font rêver.

Je m’adresse aux arbres qui sont le symbole de mon projet.

Enfin je m’adresse à vous tous, qui me faites croire un peu plus à la Fraternité.



Alba Alonso : Espagne


Qui je suis ?


A l’aube commence à surgir ce qui je suis. Le matin, se lève la rudesse et le courage russe de mon grand-père. (…)

C’est le moment de la lune, quand pousse la magie mexicaine de mon père, il se ressemble dans les couleurs qui sont douces et le sourire de la nuit.

La chose la plus importante, c’est le mélange de la montagne des Asturies et la mer de ma mère. Elle est née en face de la mer comme moi, et toujours orienté vers elle.

Peut-être je pourrais vivre sans la mer ou sans les montagnes, mais jamais sans la famille parce qu’elle fait toujours partie de moi.

Ainsi est finie la journée et qui je suis.


A qui je m’adresse ?


Il y a différentes choses auxquelles je pourrais m’adresser mais l’unique chose réellement, c’est ma contrebasse.(…)

La contrebasse, pour quelqu’un d’autre est peut-être un seul objet ou un instrument de musique mais pour moi elle est mon expression. Elle me laisse parler sans la parole, sans la voix et elle m’oblige à élaborer chaque jour une mélodie différente pour améliorer les anciens et découvrir de nouvelles méthodes d’expression.

C’est elle qui me permet d’être moi-même.


Pablo Barrio : Espagne


Qui je suis ?


Je suis celui qui a vraiment envie d’être. Je suis celui qui a vraiment envie de connaître, d’être né avec. Je suis celui qui n’a que son respect et qui ne veut pas grand chose d’autre. Je suis celui qui veut marcher et marcher. J’ai vraiment l’espoir dans le futur et la certitude du passé. Pourtant ce passé n’est pas statique, en fait on peut le réécrire, le redessiner, le revivre. Je suis mon passé. Je suis mon présent. Je suis mon futur. Parfois je ne fais que cela. Je suis né avec mes morts. Ils sont ici avec moi. J’aime bien persévérer. Je suis celui qui veut être. Demain je serai différent. Je serais ce que je voudrais être. Quand je parle c’est ma grand-mère qui parle. Je suis aussi la vie en commun. Je suis la pierre et les cris. Je suis le froid du matin et la pluie qui tombe. Le charbon qui tombe. Le noir et le vert. Le gris et le rouge. Je suis les éclats de pétards. Je suis le triomphe du pétard. Je suis ma langue, ma terre et mes copains, même ceux que je n’ai pas encore connus. Je suis les petits cailloux derrière la maison. Je suis le soleil qui illumine la maison. Je suis la mansarde en haut de la maison. Je suis la maison.


A qui je m’adresse ?


Je m’adresse à ma famille, à mes amis, à mon amour, à moi-même, à tous ceux qui m’aiment bien et aussi aux autres.


Daryna Brun’ko : Ukraine


Qui je suis ?


Je suis une énergie qui traverse les pensées d’Aristote, de Platon, de Montesquieu, de Nietzsche, de Freud, Lacan, de l’antiquité au siècle des lumières, une bibliothèque de philosophie, de psychologie, de pensées. Je suis une fatiguée de réflexions sans réponses sur des thèmes comme l’hypocrisie, la rivalité, l’amitié. Ces points d’interrogations soulignent mon existence au milieu d’un univers de mots inexistants dans ces traits d’union entre les hommes.


A qui je m’adresse ?


Je m’adresse aux imposteurs de la personnalité rassurée par leurs certitudes. Comme disait Descartes, je doute, donc je pense, donc je suis.


Boris Surija : Croatie


Qui je suis ?


Pour vous, je suis le silence.

Pour moi -même, je suis l'impossibilité de parler.


Pour vous, je suis une partie d'environnement. La nature morte.


Est-ce que je pourrais prouver contraire jusqu'à la fin du stage? Je ne sais pas.(…)


Je suis un R maladroit, la nasale mal prononcée.


Je suis ce qui n'arrive pas à émerger.



A qui je m'adresse?


D' habitude, mes pensées n'ont pas d'adresse.


Elles flottent partout et laissent à chacun pour les saisir.


Quand une pensée voyage, elle est nomade, cirque volant.


La pensée est une représentation publique. Qui le veut, peut la connaître.


Tamara Mesaric : Croatie


Qui je suis?


Les ingrédients ont été mis méticuleusement

Sur la table.

Elle aurait dû être aux légumes, peu salée et légère.

La soupe.


 

Ils ont pensé qu’il ne fallait que suivre

Les instructions de la recette.

De derrière.


 

Cependant, ces ingrédients étaient prédestinés

Pour un plat différent.




A qui je m'adresse?


Je m'adresse à une prof qui, en vivant sa profession, m'a appris que la connaissance n'a

pas de valeur pour soi même, mais elle prend un sens seulement quand elle est portée et transmise dans les vies des disciples. Ça va être ma manière de la remercier.

Je m'adresse à mon grand-père et à ma cousine en les invitant à continuer de vivre à travers moi.

Je m'adresse aux gens avec qui je partage la recherche d’un monde plus juste.



Berislav Juraic : Croatie


Qui je suis?


Je suis Croate.


Suite aux pays que j’ai parcouru, je suis Slovène, Bosniaque, Italien, Autrichien, Hongrois, Tchèque, Polonais, Grec, Espagnol, Anglais, Français. Même, Américain, Australien, Canadien, Malaisien, Japonais, Coréen, Sud-Africain, Swazi et Mozambicain.


Par mes rencontres avec des gens d’ici et d’ailleurs, je suis encore Albanais, Chinois, Congolais, Marocain, Algérien, Brésilien, Ukrainien, Russe, Suisse, Allemand, Nouveau Zélandais, Suédois, Lituanien et Monégasque.


Avant, j’étais aussi la douleur à cause de la guerre.


J’étais un homme perdu dans le monde des possibilités. Après, je suis devenu un trigramme errant. Puis, un homme réécrit.


Aujourd’hui je suis festival, journaliste, étudiant suite à mes expériences de vie.


Je suis aussi combattant dans ce monde des millions des barrières toujours liée à mon pays natal.


De temps en temps je me perds de nouveau et quand ça arrive je cherche ailleurs, chez les gens différents, l’envie de continuer.




A qui je m’adresse ?


À l’incertitude pour lui rendre la certitude.

À l’insécurité pour lui rendre la sûreté.

À la tristesse pour lui donner des sourires.

À l’angoisse pour lui rendre le calme.

À la laideur pour lui donner la beauté.

À la douleur pour lui donner l’amour.

Aux obstacles pour les dépasser.

Aux craintes pour les éliminer.

Aux gens qui cherchent leur place dans ce monde perdu pour les convaincre qu’ils ne sont pas seuls.

À l’univers pour lui dire que je suis un être humain.

Et à mon grand-père, écrivain, et ses poèmes.



Marina Grahovac : Croatie


Qui je suis?


Je tournais et retournais la question longtemps. En me penchant dessus, des nouvelles questions sont apparues:

Des nouvelles expériences, quelles en sont les'influences sur mon identité?

L'identité, change-t-elle?

Est-elle la même aujourd'hui qu'il y a cinq ans et restera-t-elle la même dans cinq ans?

(…).

Je dirai simplement que je n'ai ni de grands projets ni de grande idéologie, je ne cherche pas une formule unique qui serait la réponse universelle. Mon but, c'est de faire chaque jour, chaque heure, chaque minute un effort, un vrai effort pour écouter, vraiment écouter, pour comprendre l'autre sans préjugés, et ainsi apprendre, créer des liens fondés sur le respect et la compréhension mutuels.

Ceci dit, il me semble évident que mon bien-être dépend de celui des autres.

Souvent le bonheur semble nous échapper. Quant à moi, le trajet qu'on emprunte et la façon de l'emprunter sont plus enrichissants et plus importants que le but lui-même.


Isabel Fernandez Sirgo : Espagne


Qui je suis ?


Mais qui ? Qui ce « je » représente ? Je suis le petit pré entre les montagnes et la mer où ma famille est maintenant en train de faire la moisson. Je suis le foin tiède que les vaches vont manger cet hiver.

Je suis tous mes ancêtres qui ont travaillé dans ce pré sans jamais le posséder mais qui était, en fait, leur reflet. Je suis mes grands parents qui sont revenus vivants de la guerre afin de me faire hériter de leur sourire et leurs mots à travers les enfants qu’ils ont eus.

Je suis, je suis, je suis, je suis, je suis. Partout où je pose mon regard je suis. Mais avant tout je suis par mon corps, mon corps qui frappe, qui construit, qui crie, qui travaille, qui chante, qui embrasse, et qui est présent.

.

Je suis une femme qui à la fin de son chemin veut dire : voilà combien j’ai aimé et combien j’ai lutté.


A qui je m’adresse ?


Je m’adresse aux gens que j’aime : à mes ancêtres, à ma famille aux Asturies, à mes amis, à mes descendants, à mon copain. Je m’adresse aussi à moi-même, pour me découvrir sous mon propre regard et ne pas laisser le regard des autres décider qui je dois être.


Alexandre Chardaire : France

Qui je suis ?


Je suis un aigle royal. Mais un aigle royal végétarien, je n’ai pas besoin de voir couler le sang pour vivre. Je viens d’une contrée lointaine pas encore découverte par l’homme, dont je tairai les coordonnées par souci de quiétude, où de vraies valeurs humanistes existent encore.

Je suis suffisamment égoïste et égocentrique pour me suffire à moi-même. Cependant, en cas de doutes et de coup de blues, j’attends la nuit où le ciel s’illumine de mille feux pour moi et où je prends conscience que je suis bien petit.(…) Tel un Icare, je m’exalte à m’élever toujours plus haut. Je n’ai pas peur de grand-chose et surtout pas de me brûler les ailes Quand à la damnation, mes croyances font que je ne suis que très peu effrayé. (…)Je suis fait de paradoxes et de contradictions. Mon plumage est particulier. Il provoque quelques controverses, mais aussi et surtout de la tolérance à la différence. C’est mon moyen, à ma mesure d’éveiller en certain, le respect et le droit à la liberté.

J’aime également beaucoup voyager afin de rencontrer de nouvelles cultures, de nouveaux peuples. Me rendant à chaque fois compte un peu plus que la richesse de ce monde est la Diversité.


A qui je m’adresse?


Je m’adresse à :

- Mon chien TOSCA, qui nous à quitté et que j’ai aimé comme un frère.

- Mes ancêtres, ma famille et mes amis.

- Rithy Panh qui s’attache toujours au thème de la mémoire liée au génocide Cambodgien, et de sa transmission. (…)

-Mahmoud Darwish : il est considéré comme le plus grand auteur palestinien d’aujourd’hui, il a écrit des poèmes, des essais et des pièces de théâtre. Il est citoyen israélien et ancien militant communiste et a connu plusieurs fois la prison pour ses activités au sein de l’OLP… « Dans une situation d’urgence, le poète devient nécessairement politique car il fait partie intégrante des mouvements de protestations contre l’occupation et il doit abandonner la politique idéaliste au profit de la poétique du réel. Le poète dit tenir compte de la réalité et en extraire sa poésie » (propos de Mahmoud Darwish).

-Le théâtre Arabo Hébraïque : il réside dans une ancienne usine turque de fabrique de savons, perchée sur une colline de Jaffa au bord de la mer. Ce théâtre comporte deux compagnies, une arabe palestinienne et l’autre juive israélienne. Elles produisent et créent ensemble et séparément des spectacles en arabe et en hébreu. (…)

- L’Enad théâtre. C’est une troupe de théâtre palestinienne multiculturelle et très engagée dans son combat pour la paix.

- La Finlande

- Claude Alranq, un vrai combattant pour l’identité occitane , qui fût un maître pour moi.

 

Je finirai par un poème capté dans une des pièces de la compagnie de l’Enad théâtre :

« Pourquoi la lumière est-elle si vive aujourd’hui ?

Pourquoi les oiseaux s’entêtent-ils à chanter aujourd’hui ?

Et nous, qu’allons nous faire,

Que dirons nous à nos enfants, nous qui continuons à vivre,

Quand ils nous demanderont :

Combien de tombes creuserez-vous aujourd’hui ?! »



Emmanuelle Amann : France


Qui je suis?


Comment se dire sans passer par ce à quoi on appartient ? Comment se donner une appartenance sans tomber dans un schéma oppositionnel ?

Mon histoire est à base de conversations de dîners de famille, dont je ne cherche pas à démêler le vrai du faux. Une légendaire roue de roulotte cassée ou perdue à Steinbourg. Steinbourg, le village où dans chaque poche se trouve un couteau. On dit : « Si tu as un couteau, soit prête à l’utiliser sinon il se retournera contre toi ». Donc j’abandonne l’idée du couteau. On se bat avec les armes qu’on a. (…)

Alsacienne. Mes parents parlent une langue que je comprends mais dans laquelle je suis incapable de répondre. 1500 ans, et je fais partie des derniers. Quand je ne résiste pas je mets moi-même fin à cet héritage. Mes morts sont tous ces alsaciens tués pour avoir refusé de se laisser déposséder de leur langue. Cette langue dont on a anéanti les possibilités poétiques, qu’on a cantonné au trivial et à l’insulte, à coup de « c’est chic de parler français » Je ne veux pas être un tombeau pour ces mots qui sont en moi, et continuer le combat de ces hommes et de ces femmes qui ont dit : « nous n’avons pas besoin de vos mots pour nous penser, nous avons les nôtres ».


A Qui je m’adresse?


A mon cousin Grégory, parti vivre son combat de son côté. Au départ presque frères et cinq ans que je ne lui ai pas parlé car il me considère comme une bourgeoise. Ce soir je veux lui dire que nous partageons sans doute le même combat, qu’on sera plus forts à deux, et que ce sera sûrement plus drôle. Même face à lui, ces mots ne peuvent …/ …l’atteindre. J’aimerai qu’ils franchissent le mur qu’il a érigé entre nous.



Matthieu Aubert : France


Qui je suis ?


Qui s’adresse à qui ?

Qui je suis dans cette expérience au milieu de vous, avec qui je braille, gesticule et intellectualise ? Qui êtes-vous, ou plutôt qui sont ces êtres de chair, voire, d’esprit vers lesquels vont ma pensée, mon attention et mon effort ? Toute mon adresse, si mal à droite, si mal à gauche, s’y fraie une voie, là où le plus grand ennemi, c’est moi.

Je suis l’alcoolo endormi sur le bord du canal Saint Martin, je m’adresse aux bactéries et détritus au milieu desquels je me réveille effaré. Je suis l’éclopé des blocs opératoires, les médecins me rafistolent avec de la colle… américaine.


Qui, mais qui, s’adresse à ce qui, que semble autrui ? Pour répondre aux deux énigmes en même temps : «  Qui je suis ? » - être et devenir. « A qui je m’adresse ? » - parler et entendre, le cristal hologramme d’Arthur Rimbaud ! « Je est un autre. »


A qui je m’adresse ?


Je m’adresse à tous les reclus, ceux qui à jamais perdirent grands et bons amis, sur le pavé.



Kenza Hadjer : Algérie


Qui je suis ?


Une question que j’ai toujours tendance à fuir. Je pensai vous dire que je suis une personne pour laquelle la Foi, l’Amour et l’Ambition sont des choses primordiales ; les responsabilités que j’ai prises jusque là m’ont permis d’être plus débrouillarde, plus autonome et surtout savoir tirer profit de mes expériences.

Je peux vous parler également de ce qui m’a particulièrement marqué : les années que nous avons vécu, baignés dans le sang, accablés de consternation et de terreur, il est vrai que c’était loin d’être facile néanmoins ces années là ne nous ont pas abattus, elles nous ont rendu plus forts et nous ont appris à s’accrocher à l’espoir et à avancer dans la vie. Mais ce dont je suis certaine c’est qu’on a beau essayer de parler de soi, rien ne vaut l’effort d’aller vers les autres et tenter de les connaître.


A qui je m’adresse ?


A ma patrie et à ma mère pour leur dire que je ferai de mon mieux pour transformer toutes les souffrances et les malheurs qu’elles ont endurées en bonheur


Amel Maafa : Algérie


Qui je suis ?


Je vous assure que je me sens là une élève punie parce qu’il n’a pas fait son devoir, et je n’aime pas ce sentiment. Vous allez peut-être croire que j’étais assez fainéante pour ne pas avoir fait le travail demandé, ou trop timide pour ne pas divulguer mes secrets en public, devant des inconnus que je ne connais pas.

La vérité est ailleurs. Je n’ai pas l’habitude de faillir à un travail demandé, que ça soit obligatoire ou facultatif.

(…)

Maintenant que tout est revenu dans l’ordre dans mon esprit, je pourrai vous dire : Je suis une personne qui n’arrive jamais à se définir ni à se connaître comme le voudrait un émminent psychologue ou un habitué de l’introspection. Alors, que dois-je faire ? Que dois-je dire ?

Disons que je vais commencer par dire que je suis loin d’être ce que les autres pensent que je suis, loin d’être ce que les autres pensent que je suis : femme enragée, femme révoltée contre tout ce que feront atteinte à mon rêve d’un monde où « Fraternité » règne, celle différente de ce que certains croient détenir et où l’égalité fait place à la supériorité de la ‘race blanche.’ Une égalité que le Coran sait dire. Oui ! En fait, je suis une musulmane qui croient encore à ce que les autres ont perdu, l’espoir. J’ai toujours foi en la vie, en l’avenir. Je puise ma force de l’absurdité de la vie. La vie pour moi n’est guère supplices à vivre, mais combat à faire ; des expériences qui nous fortifient et arrivent à nous fournir de plus en plus ce qui donne souffle et espérance. Voilà, ça c’est moi !

Je crois en Dieu, je crois à cette force cachée qui nous a crée et qui est en train de nous observer.

Je crois que le mal de l’homme n’est que l’homme lui-même, si chacun de nous arrive à extraire chaque grain de haine et de cruauté de nos cœurs nous pourrons vivre heureux et serein.


Marco Noto : Italie


Qui je suis ici, cette fois là ?


J’suis un être humain

J’suis tout et j’suis rien

J’suis un con

J’suis le feu qui brûle

J’suis le vent qui souffle

J’adore la mer, comme la bicyclette et même plus !

En un seul mot chui un pirate !


De quelque façon le milieu où j’ai vécu (et où je vis) ma famille, mes morts (comme dit Gatti) ont eu et ont toujours leur influence. Sans doute j’suis Sicilien, la mafia, je l’emmerde plus que tout autre chose. Le judo fait partie de mon éducation et de mon identité. Je suis un provocateur, je crois qu’en réaction des fermetures culturelles de mon pays, mais aussi parce que je les trouve très amusantes.

(…). Je donne souvent l’impression d’être bizarre, divers et atypique, presque fou… tous des mots qui pour moi n’ont aucun sens. Je déteste le formalisme et je trouve très bête de s’y formaliser, seulement parce qu’ils existent et pour la peur de rester seul.

Je refuse toute sorte de généralisation et je cherche à me remettre en cause toutes les fois que je peux…

Je pense que la vie est comme la folie et la folie, ça se danse !


A qui je m’adresse :


D’abord aux chiens de Gatti, car ils sont aimables même s’ils puent. Parmi les humains à ceux qu’ont envie et besoin de moi pour s’enrichir d’un nouvel ami, frère, amant.


Alexandra Baidrakova : Russe


Qui je suis ?


Je suis quelqu’un qui observe toujours. Je suis quelqu’un qui aime rêver et sait le faire. Avez-vous jeté quelques fois les pierres aux fenêtres ? Quel sentiment formidable de dépasser la peur devant les tabous et les conséquences. Et le dzi-i-in-n, musical, sucré et piquant.

Et puis, retenir la couleur, le son, des impressions et prendre en choisissant la couleur la plus nécessaire, ou une masse de boule d’argile, la pressant avec deux mains en sentant la force, l’éternité de la terre qui ne résiste pas. Tout est de l’un et l’un est de tout. Et ils s’attendent et ils sont quelque chose d’uni et se moi, se moi-même.


A qui je m’adresse ?


Je dis les mots. Et ils sont vides. Ils s’immobilisent en l’air, se brisent en un tintement et tombent en éclats par terre. Bientôt ils vont s’accumuler en grande quantité et ils vont couvrir tout le plancher. Et voila les gens vont taller sur le plancher. Les éclats pénètreront dans les pieds, s’accrocheront aux poils des chiens et ainsi chacun prendra un petit morceau de ce mot vide, de mon mot vide, sans le comprendre.



Elizaveta Kudlik : Russie


Qui je suis ?


C’est une question qui m’accule dans une impasse. Qui je suis ? ….Je suis une parmi beaucoup de monde qui a eu de la veine de naître. Je suis mes pensées et mes émotions. En plus je suis ce que je fais. Je voudrais faire un compte de ça à la fin de ma vie. Et en attendant je reste avec mes pensées et mes émotions, mais elles sont changeantes chaque instant et elles ne se répètent jamais. C’est pour quoi je suis ce que je ne pense pas et je ne sens pas encore et je ne suis plus ce que j’ai déjà pensé senti.

A qui je m’adresse ?


Quand on dit, on veut être entendu. Mais ce n’est pas le fait que les gens vous entendent et comprennent tout de suite ce que vous voulez dire. Parce que chacun est un petit univers avec son expérience, ses pensées, son interprétation. A mon avis il faut s’adresser à soi-même. S’adresser c’est enseigner. Moi, je ne veux pas enseigner aux autres. Je voudrais apprendre à moi-même. C’est pourquoi, moi je m’adresse à moi-même pour savoir ce que je peux faire et comment je peux m’enrichir.




Wahib Belhaj : Maroc / France


Qui je suis ?


Je suis la chienne de la vie car elle me promène tous les jours dans l’anti-chambre de la mort. Condamné à s’offrir avec un sursis indéterminé. Cœur noble noyé dans la nature humaine. Caressé par vos sourires, mon âme expire. Mon paradis n’est pas l’ennui car avec vos vie, je surf dans vos cœurs pour vibrer. Je suis aphone d’aboyer la liberté du loup.


A qui je m’adresse ?


Aux équilibres qu’on a en chacun de nous

A notre orgueil qui nous envahi et nous fait croire qu’on à toujours fait nos choix. Oui je m’adresse surtout à toi, l’orgueil qui m’a arnaqué toute ma vie et ma fais croire que tu étais moi-même.



Claudio Gianfreda :Italy


Qui je suis ?


. Je suis fils d’un ouvrier émigré italien. Je suis un ouvrier qui a eu la possibilité d’apprendre trois langues et de faire des études. Je ne sais pas qui je suis. J’aime la vie malgré les difficultés, les souffrances et les injustices. J’aime vivre dans le présent. J’aime ma famille, mes amis et vous tous.


A qui je m’adresse ?


A toutes les personnes qui m’ont laissé une empreinte et ont partagé quelque chose avec moi.

A toutes les personnes que j’aime et auxquelles je n’arrive pas ou ne peut pas le dire.
A ma mère, à mon père et au reste de la famille qui est restée en Italie.
A tous les fils d’émigrés.


Xavier Malo : Canada


Qui je suis ?


Ce qui reste quand je regarde le monde : un morceau de casse-tête gazeux, mais pressurisable.

Je cherche à garder ce qui ne peut pas se perdre

Mes anciennes identifications périment, je suis une manière de devenir.

Ce qui reste du temps passé dans ma forme, alors qu’elle ne connaît pas son avenir.


A qui je m’adresse ?


A l’écho,

Au jeu,

Aux objets

A l’équilibre ;

L’espace :

A un monde que je pressens fait d’énergie, et que je veux ultimement harmonieux.

Le temps :

Au nommément éphémère

Et avec espoir et méfiance, à l’éternel caché, tout en croyant que si je l’atteins il sera révélé ("déseternisé" ?)


Parfois amicalement, parfois autrement, au doute.


Lubov Klichina : Russie


Qui je suis ?


Je suis un grand point d’interrogation, qui a toujours le désir de demander, parce que c’est très intéressant pour moi de savoir comment ce monde est fait, et je veux trouver ma place dans ce monde et trouver moi-même.


A qui je m’adresse ?


Tout d’abord je m’adresse à moi-même et au monde entier. Parce que je sais, que les réponses sont partout. Il faut savoir les trouver.



Chemsou Hamel : Algérie


Qui je suis ?


Vous voulez savoir qui je suis, alors écoutez moi :

On dit que l’esprit a beau faire plus de chemin que le cœur, il ne va jamais très loin, En ce qui me concerne depuis près de 22 ans. je n’ai jamais pu contrôler les battements de mon cœur. (…). J’ai appris grâce à ma mère qu’il ne fallait jamais avoir peur d’écouter son cœur, de croire en ses rêves et de ne pas avoir peur de souffrir, car la peur de la souffrance est pire que la souffrance elle-même. Vous avez tous des rêves, vous êtes tous à la recherche d’un trésor qu’il soit matériel ou spirituel. Mais moi si j’i fait ce voyage c’est parce que je veux connaître le monde, et en traversant la mer, je traverse le territoire de mon âme, car je me cherche et le meilleur moyen de se découvrir est de voyager et être au contacte des autres.

La vie est un long voyage et le voyage devient destin pour ceux qui savent lire les signes indicateurs, véritable alphabet de la vie. Je ne voudrais pas prendre la vie tel un somnambule, puisque la vie est plein de promesses et je ne voudrais en aucun cas devenir prisonnier d’une routine étouffante. (…)

. Je n’accepterai jamais de vivre par procuration.

J’aimerai accomplir ma légende personnelle atteindre mon rêve et découvrir les secrets de l’alchimie spirituelle qui va me permettre de ma débarrasser du plomb que j’ai en moi et d’écrire qui je suis vraiment,


Volodymr Kabachenko : Ukraine


Qui je suis ?


Je suis Vladimir Kabatchenko. J’ai le sang des cosaques et j’en suis fier. J’aime beaucoup les étoiles dans le ciel, les champs de blé que je connais dès mon enfance et le feu…

Ma vie est pleine de gens que j’aime et sans lesquels je n’imagine mon avenir…

J’ai une petite chatte et c’est avec elle que je me sens enfant…

Les trois choses qui font partie intégrante de ma personnalité : indépendance, amour et succès. L’indépendance comme un moyen d’être libre, d’être moi-même. L’amour qui montre un autre côté de la vie, plus claire et beaucoup plus ensoleillé. Le succès comme une condition sine qua non de tout ce que j’entreprends.


A qui je m’adresse ?


Je m’adresse à moi en tant qu’homme qui sera responsable de ma famille, de l’avenir de mes enfants et de ce qu’ils deviendront. Je m’adresse à mes parents en leur disant, « merci » pour tout ce qu’ils ont fait pour moi. Je m’adresse à ma femme que je trouverai un jour et à qui je dirai : « je t’aime. »


Anne Krust : France


Qui suis-je ?


Je suis un lieu impossible qui n’a de sens qu’à n’avoir aucun sens, pas de sens idéal. (…)

Pour tenter de répondre à cette « redoutable » question du « qui suis-je , j’ai organisé une rencontre avec moi-même, avec mon noyau profond : je craignais cette rencontre qui allait me mettre inévitablement en présence de moi-même, du moi qui jusque là, je croyais indéchiffrable.

Finalement, j’ai très vite compris qu’il n’y avait rien d’indéchiffrable dans mon être, sinon peut-être simplement un plaisir à me crypter pour préserver ce lieu secret dont l’accès resterait ésotérique.

Considérez-moi alors au travers de la pensée hébraïque comme une lettre qui n’aurait d’existence que dans son ouverture et dans son infinitude interprétative. Je suis ce langage sans vérité et qui parce qu’étant justement dépourvu de toute vérité, il ne prétend pas aspirer à la lumière, l’obscurité étant bien plus révélatrice dans ses mystères.

En kabbale, mystère et lumière ont la même valeur numérique : comme la lumière réside dans l’obscurité, je crée ma propre lumière avec mon ombre.

Comme la lettre hébraïque que danse dans les mots, je suis dans une « mouvance dansée » qui consiste à me réinventer sans cesse, à l’infini.

J’existe au-delà de la limite du temps et de l’Histoire parce que le monde qui vit en moi n’est régi par aucune forme d’enfermement temporelle. Je ne suis pas à lire comme une entité autonome, lisez-moi lettre après lettre (…)

Ce que je suis vous le trouverez dans le souffle de mes paroles.

Ce que je souhaiterais être se trouve dans vos sourires. Oui, ce que je suis c’est ça… en dire plus me conduirait vers l’illusoire.



Marina Cavouriari : Grèce


Qui je suis ?


Pour me livrer à vous telle que je suis en ce moment, (…), je vais employer les mots binarité et accélération.

Binarité, parce que telle une particule chargée, j’oscille entre deux pôles qui s’opposent. Entre la Grèce ou la France, entre le confort ou les incertitudes, entre le bien et le mal, entre le légal ou l’illégal, entre la plume ou l’épée, entre les mots ou les actes, le va et vient m’épuise et me remplit. Accélération, parce que telle une particule chargée, je suis placée dans un synchrotron et je vais peut être me désintégrer. Le synchrotron est circulaire et moi je tourne en rond : l’économie m’accélère, la politique me dévie, la consommation m’accélère, l’éducation me dévie, la publicité m’accélère, l’isolement me dévie. Toujours à l’horizontal je cherche une échappatoire verticale qui éclatera le synchrotron en morceaux.

La verticalité qui transformera le cercle en spirale je la cherche dans les arbres les plus beaux de l’hôpital psychiatrique de Ville Evrard. Ils sont 18+18+2+2+1 et c’est à eux que je m’adresse :


A qui je m’adresse ?


Je m’adresse à Manue, ma sœur aux plumes magiques,

A Anne, la danseuse cabbalistique,

A Isabel, plus grecque qu’espagnole,

A Elisaveta, la russe folle,

A Camille qui pour les arbres écrit des vers,

A Dasha aux yeux couleur de la mer,

A Alba, joueuse de rugby très élégante,

A Olga, la force slave et imposante,

A Tamara et sa voix basse et claire,

Et Liouba aux yeux pleins de mystère,

A l’aut’ Manue et les brioches qu’elle aime faire

Et a Kenza déterminée, autoritaire

A Amel, tour de poitrine 82

A Caroline qui sait dire amour avec les yeux

A Caroline, l’autre, mais tellement belle

A Albane, la petite peste : y a rien de tel

A Sasha aux bonbons russes qui font du bien

A Marina au même beau prénom que le mien


Je m’adresse à Matthieu le frère amant de mes idées

Et à Wahib qui ne veut surtout rien décider

A Marco le plus câlin, le plus à l’ouest

Et a Xavier, bien plus guerrier et plus sérieux que tout le reste

A Alexandre dont le cynisme éclate tout

A Bérislave, l’homme d’affaires le plus fou

A Boris qui comprend plus que ce qu’on croit

Et à Frédo, ni dieu, ni état, ni loi

A Maxime, déterministe mais pas seulement

Et à Vovan, l’homme qui rit si facilement

A Omari, qui développe en philosophe

A Claudio, grand artefact qui joue des tours

Et a Pablo, force tranquille et en amour

A Héléno, force qui explose tel un pétard

Et Chemsou danseur du ventre et grand fêtard

A Igor et ses mots russes pour l’articulation

Et a Manu qui trouve toujours la solution


A physique quantique, le chien noir et grand comme Bohr


A Gai savoir, le chien noir qui dit que Dieu est mort.


A Adrien, mon frère nouveau irremplaçable plus fort que tout, fait de soleil d’eau et de sable.


En m’adressant à ces arbres qui ne tomberont pas de sitôt (…)j’arrête le temps et je le reprend à contre courant. Sur l’île de mon père, l’Icarie, là où Icare rêveur et utopiste est tombé, les plumes en cire brûlées, le temps s’écoule d’une autre façon, les gens se lient autrement, Dionysos y est roi et son masque est celui du soleil qui chauffe les vignes.

A Ville Evrard je cherche une autre Icarie, aussi utopiste que celle de mon père..


Albane Delesque : France, Albanie


Qui je suis ?



Je suis fille de l’aigle, entité nomade à qui cette société inique a tenté de briser les ailes.

Albanaise, rom, française ; traversée par cette trinité que l’on m’a jeté en pâture, j’avale, je mâche, je vomis : fille publique, prise, engrossée et accouchant d’un monstre qu’aucune ne veut reconnaître…


Chant : « A mi no tengo lugar, no tengo paisaje, no tengo patria… Naci en alamo, Naci en alamo…».1



Le polygone de mon être abritant mes morts délie son fil rouge et me gangrène peu à peu. Tous mes morts sont présents… Tous ceux qui se sont absentés et dont s’élèvent encore les voix ancrées dans les racines de l’arbre de Goethe, dans l’air froid de l’Appelplatz, dans la terre ocre du Champ des Merles (Kosovo Polje), dans ces trous sans bords creusés par la haine, sur le carrelage glacé de celui que j’ai tué.

Sur le terreau de mon âme renaîtra la fleur de l’espoir emplie du parfum des désirs de tous mes disparus. Je veux être ce livre sur lequel pourra s’écrire la page blanche des innocents foudroyés par les ténèbres de la haine.(…)


A qui je m’adresse ?


Je m’adresse à cette société que j’exècre. Ses juges, ses psychiatres, son ordre moral, ses avocats, sa police, sa sacro-sainte consommation.


Je m’adresse à vous ; vous avec qui je traverse un océan de langages dont le sel donne le goût de la vie.

Je m’adresse au matricule 40778 et à tous les camarades engloutis par cette « Montagne de l’évidence » qui ne fut jamais la leur et ne sera jamais la notre.

Je m’adresse à cet homme, image inconnue peu à peu dévorée par la nuit… Tu es mon ombre, je suis ton sang mais montagnes et mers nous séparent.

Je m’adresse à mes frères et sœur morts pour la fraternité

Caroline Corme : France 

Qui je suis ?


Tâcher de répondre à une question qui taraude l’humanité depuis Lucie me semble, à vrai dire, un exercice fastidieux et plus encore, m’apparaît, devant les siècles de philosophie morale qui nous précèdent dans toute sa démesure. En bref, je ne m’en sens pas complètement à la hauteur, mais comme dirait mon meilleur ami, nous ne sommes pas à une imposture près. Donc qui suis je ?

Pour vous, au mieux, Caro, 25 ans, sexe féminin et spectateur virtuel. Pour moi, la même, en mieux parce qu’il faut bien se fantasmer un peu dans la vie. Matériellement je suis un être humain sur environ 9 milliards, parmi quelques milliards d’autres êtres vivants, tout ceci évoluant sur une planète perdue au milieu de milliard d’autres étoiles mortes. (C’est à ce moment là que l’inexistence de la matière qui en général m’angoisse me rassure) Donc, j’ai essayé de chercher quelque chose qui pourrait me définir, et en tout premier lieu j’ai pensé vous dire d’où je venais, puisque c’est en général la question que l’on pose pour rencontrer l’autre. Donc je pourrais vous dire que je suis née à Levallois Perret, à environ 30 minutes de là où j’habite, et pourtant je situe à peine la ville sur un plan de métro. Vous dire que j’ai grandi dans un bled, à la frontière du monde civilisé, entre mormons et bourgeois champenois et qui lui non plus ne figurera bientôt plus sur les cartes d’Etat Major. Et puis enfin je me suis exilée dans le nord et là j’ai trouvé mon premier chez-moi, voilà pourquoi c’est ce que je réponds quand on me pose la question. Au final, j’aurais pu vous en écrire des pages mais je ne me suis dit que ça ne me ressemblerait pas beaucoup. Et puis en remontant un peu plus loin et au risque d’en décevoir quelques uns, je ne sais pas vraiment d’où je viens et ça ne m’intéresse pas vraiment de le savoir.

La définition de la culture dans notre dictionnaire est d’ailleurs assez éloquente, culture « groupe de micro-organismes qu’on fait pousser dans une substance nutritive, dans des conditions contrôlées », en résumé, de petits animaux qui se débattent dans une expérience géante en remerciant et priant pour qu’on les lobotomise.

Alors j’essaie de trouver des failles dans le tube à essai, et j’y crois, souvent, le seul but étant qu’il y ait au final plus de moments où j’y crois que de déceptions. Ce n’est pas facile, mais je lutte. Pour, jamais contre. (enfin presque..)

Un jour si j’ai le temps j’aimerai bien être très  « moi-même » aussi”

Alors en attendant, la route est longue, même quand elle a la mémoire courte. Et si je veux un jour trouver les mots, vraiment moi, vraiment vrai. Faudra aller voir ceux qui marchent la tête en bas, faudra du temps. Et si j’en ai, je crois que j’aimerais ca. Voir les choses comme ça. En bord de route.


A qui je m’adresse ?


A mon grand père et à sa résistance. Aux voyageurs et à leurs résistances. A mon frère qui est même pas encore grand. A ceux que j’aime et que je vais aimer et à ceux qui ne le savent pas. A ceux qui m’ont appris que c’était pas facile tout le temps, à ceux qui m’ont repris le cours du temps. A toutes les fois ou j’ai pas compris ce qu’il se passait.

Mais non, je vais jouer le jeu. Sans vous, je n’aurais peut-être jamais su l’écrire.” Et puis surtout à tous ces autres, “ceux qui ont des graviers dans la bouche, qui roulent”, et ceux qui serrent les poings. A tous ces mots qui me poursuivent et à ceux empruntés à ceux que j’aime ici et qui ne m’en voudront pas. Aux cauchemars aussi, “ceux qui disent des campements d’hommes, venu pour écouter la terre, pour dire…presque rien…une parole cernée d’oubli, de nécessités mais dans l’inépuisable. Une parole de berger chuchotée à une brebis.”


Heleno Pedroso : Brésil

Qui je suis ?

Mon arbre généalogique a plusieurs ramifications. Du côté de ma mère, je suis le petit-fils d’une immigrante française et d’un descendant de l’esclavage noir ; du côté de mon père, j’ai des racines indiennes assez proches puisque le grand-père de ma grand-mère était un indien qui s’est marié avec une Portugaise. Quant au père de mon père, il est descendant d’une famille portuguaise. Je suis donc un mélange de française, de portugais, de noirs africains et d’indiens, le peuple originaire. Comment, dès lors, puis-je savoir qui je suis ?

De toute façon, il n’y a bien que le Brésil pour produire une combinaison pareille. C’est ainsi qu’il vaut mieux commencer par cela : je suis Brésilien.

Né à Rio de Janeiro, dès mon enfance à partir de l’age de 8 ans, je subis l’influence très forte de deux personnes, très distantes mais très proches en même temps : de mon père, médecin, et du mari de ma mère, metteur en scène. C’est pourquoi j’ai passé une grande partie de mon enfance dans des théâtres et des hôpitaux. La santé, c’est le bien-être physique, mental et social, c’est pour cela que le théâtre comme la médecine joue un même rôle en ce qui concerne l’âme humaine. A l’âge de 21 ans, après avoir fait trois années de Faculté de médecine, j’ai vécu la crise existentielle la plus forte et/ ou la plus intéressante pour ce qui est de la formation de mon actuel esprit, de mon actuel être. J’ai remis en question toutes mes valeurs capitalistes car je viens d’une famille bourgeoise – ma mère est professeur et mon père est médecin – or, à ce moment-là, nous passions par une crise financière très dure. Une des choses très difficiles à réaliser avec la société capitaliste spectaculaire et marchande est de casser le lien moral qu’on a avec le marché. J’achète dont j’existe.

Sur le chemin vers la recherche du Qui suis-je ?, il y a eu des moments très difficiles dans la mesure où dans chaque période de transition, on a en même temps les anciennes habitudes et les nouvelles habitudes qu’on est en train de construire dans un mouvement de l’intérieur vers l’extérieur, comme au cours d’un changement de peau.

Durant cette époque qui en effet/ (au fond) continue jusqu’à maintenant, le théâtre a eu et a encore une fonction très singulière dans la mesure où, à travers lui, j’ai rencontré des outils pour aller à la rencontre de moi-même, c'est-à-dire l’abdication temporaire de ma propre personne pour assumer une nouvelle personne. C’est pour cela que le théâtre est une possibilité de rencontre avec l’enfance perdue, avec nos diverses possibilités d’expression car nous ne sommes pas condamnés à avoir seulement les caractères que la morale dominante nous fait croire c’est dire les formes de contrôle politique du comportement de l’homme fondées, soit sur des valeurs religieuses, soit sur des valeurs de la classe dominante. C’est ainsi que je vis dans un constant mouvement de mise en question de mes sentiments, de mes pensées et de mes actions dans un processus de déconstruction et de reconstruction de mon expression en tant qu’être social.

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